En bref : la B12 est le premier argument sorti contre les véganes, et c'est aussi celui qui se retourne le plus vite. Elle manque à une partie de la population qui mange de la viande tous les jours, et l'immense majorité de la B12 produite dans le monde part... dans les élevages.
L'argument massue et son angle mort
« Et ta B12, tu fais comment ? » Toute personne ayant annoncé un jour qu'elle arrêtait les produits animaux connaît la phrase. Elle est légitime : la vitamine B12 n'existe ni dans les végétaux ni dans les champignons, un régime végétalien non supplémenté conduit à une carence, point.
Ce qui l'est moins, c'est l'idée sous-jacente : manger de la viande protégerait automatiquement. La prévalence de la carence est estimée à 1 à 2 % de la population générale, et grimpe jusqu'à 10 % chez les plus de 65 ans. Ces gens ne sont pas véganes. Ils absorbent mal, tout simplement.
Pourquoi la viande ne suffit pas toujours
La B12 alimentaire ne se contente pas d'être avalée. Elle doit être détachée des protéines par l'acidité de l'estomac, puis prise en charge par une molécule fabriquée par la paroi gastrique, le facteur intrinsèque, avant d'être absorbée tout au bout de l'intestin grêle. Trois étapes, trois occasions de dérailler.
Après 60 ans, l'estomac s'acidifie moins. Les traitements anti-acides au long cours, très prescrits, coupent la première étape. La metformine, prise par des millions de diabétiques, gêne l'absorption. Une gastrite auto-immune détruit le facteur intrinsèque, une chirurgie de l'estomac le supprime. Dans tous ces cas, l'assiette peut déborder de bœuf sans que rien n'arrive dans le sang.
Le secret de fabrication de la viande
Voilà le retournement que peu de gens connaissent : la B12 n'est pas produite par les animaux. Elle est synthétisée par des bactéries. Les ruminants en profitent parce que ces bactéries vivent dans leur panse, à condition qu'ils aient accès au cobalt du sol et à une alimentation adaptée.
Or l'élevage intensif a rompu ce circuit. Les animaux nourris aux concentrés reçoivent des compléments, dont de la B12 et du cobalt, ajoutés à leurs rations. Autrement dit, une part considérable de la B12 vendue en pharmacie et de celle qui finit dans les steaks vient de la même source : des cuves de fermentation bactérienne. Le végane la prend directement, l'omnivore la reçoit via un animal qui l'a reçue d'un complément. Le circuit est juste plus long.
Ce qu'il faut en retenir
La bonne question n'est pas « qui mange de la viande ». C'est « qui absorbe bien, et qui a fait vérifier ». Un végane averti qui prend son complément chaque semaine a un statut souvent meilleur qu'un retraité omnivore sous anti-acides depuis dix ans et qui n'a jamais fait doser sa B12.
La supplémentation n'est pas un aveu de faiblesse du végétalisme, c'est une commodité industrielle que tout le monde utilise déjà, sciemment ou non. Si tu veux les doses, les formats et le détail des recommandations, on a fait le tour de la question dans La B12, enfin comprise. Et si tu veux savoir ce que contient vraiment le complément que tu tiens en main, scanne-le : les gélules en gélatine sont une plaie classique.



