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Du fromage sans vache : la fermentation de précision arrive, et elle divise déjà

Par · 22 août 2026

Depuis dix ans, les fromages végétaux progressent par imitation : on prend de la noix de cajou, de l'amidon, de l'huile de coco, et on tente de reproduire le filant et le fondu. Certains y arrivent très bien, on en a listé quelques-uns dans notre top des fromages végétaux de supermarché. Mais tous butent sur le même mur : sans caséine, la texture du fromage au lait reste difficile à égaler.

La fermentation de précision propose de contourner le mur au lieu de l'escalader. Et elle pose une question que Kiwee ne peut pas éviter.

Comment ça marche

Le principe est le même que celui de l'insuline depuis les années 80. On insère le gène qui code une protéine du lait, la caséine par exemple, dans un micro-organisme, une levure ou un champignon. On le nourrit d'eau, de sucre et de sels minéraux dans un fermenteur. Le micro-organisme se multiplie et produit la protéine, qu'on récupère et qu'on purifie.

Résultat : une caséine identique à celle du lait de vache, obtenue sans vache. Mélangée à des matières grasses végétales, elle donne un fromage qui file, qui fond et qui gratine comme l'original, parce que chimiquement c'en est un.

C'est une rupture par rapport à tout ce qu'on connaît en rayon. Ce n'est plus une imitation, c'est la même molécule fabriquée autrement.

Où en est la réglementation

Aux États-Unis, plusieurs protéines issues de fermentation de précision ont obtenu le feu vert, et des produits sont déjà commercialisés. En Europe, rien n'est autorisé à ce jour.

Le passage obligé est le règlement Novel Food, et le parcours est rude. Le dossier de Perfect Day, déposé mi-2022, est resté plus d'un an en validation préliminaire avant d'être déclaré non valide en 2024. Celui de Remilk a connu un sort voisin, invalidé puis retiré. Des start-up françaises visent un lancement nord-américain en 2026 et une arrivée européenne autour de 2027, dossiers en cours.

Autrement dit : tu ne trouveras pas ça en supermarché français cette année. Mais la question de l'étiquette se posera bien avant que tu ne croises le produit, parce que la presse en parle déjà beaucoup.

Végane ou pas ? Le débat est réel

C'est là que ça se complique, et on préfère annoncer d'emblée qu'il n'y a pas de réponse consensuelle.

Les arguments pour : aucun animal n'est exploité, ni élevé, ni abattu, ni trait. Le gène de départ a été séquencé une fois et se recopie dans des micro-organismes depuis. L'impact sur les animaux est nul, ce qui est précisément le but d'une alimentation végane.

Les arguments contre : la protéine finale reste une protéine animale par son origine biologique. Certaines personnes véganes considèrent que copier une molécule animale entretient l'idée qu'il faut manger animal. D'autres pointent la dépendance à des brevets et à des industriels, loin de ce qu'elles cherchaient en changeant d'assiette.

Et un point qui ne relève pas de l'opinion : ces produits contiennent de vraies protéines de lait, donc de vrais allergènes. Une personne allergique aux protéines de lait de vache réagira exactement pareil. L'étiquetage devra le mentionner, et la mention « contient du lait » risque de dérouter beaucoup de monde en rayon.

On a déjà croisé ce débat sur un autre terrain, celui de la viande cultivée, dans le foie gras cultivé est-il végane.

Ce que fera Kiwee

Notre règle ne bouge pas : on lit la liste d'ingrédients, on annonce ce qu'on y trouve et on explique pourquoi. Quand ces produits arriveront, une caséine issue de fermentation de précision sera signalée comme protéine de lait, avec la mention de son origine sans animal, et l'explication en clair. À toi de trancher ensuite, c'est ton assiette.

C'est le même principe que pour les labels véganes : on te donne la matière, on ne décide pas à ta place.

Le réflexe kiwi : si un produit annonce « sans vache » ou « animal-free » en gros sur le devant, retourne le paquet et cherche la ligne des allergènes. C'est elle qui dit la vérité sur ce qu'il y a dedans, et c'est le geste de base détaillé dans lire une étiquette en 30 secondes.

Ulrich Rozier
Végétarien, marié à Lola, pâtissière végane. Je scanne tout ce qui passe dans nos placards.
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